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Réflexion personnelle sur le dualisme [ Immigration / Nouvelles technologies de communication].
Il fut un temps, au demeurant pas si lointain, où immigration était synonyme de rupture inévitable de la régularité des relations avec amis et parents laissés au pays.
Des coupures, plus ou moins longues, de liens avec le pays d’origine étaient alors fatalement induites.
A cette époque, aujourd’hui révolue, l’éloignement faisait que les contacts avec nos proches et amis étaient assez difficiles à établir .
Les appels téléphoniques internationaux étant alors très coûteux, vous ne pouviez en abuser et il fallait alors vous résigner et parfois attendre pratiquement deux longs mois pour, par exemple, avoir par courrier postal, des nouvelles de l’état de santé de vos proches !
Tout le temps pour eux ( ou pour vous... ) de clamser !
Ceci d’une part.
D’autre part, et plus globalement, les ondes radios étant difficilement captées, certaines télévisions étrangères ( n'assurant pas d'audimat ) pour la plupart non relayées, une simple et élémentaire quête d’informations générales concernant votre pays d’origine pouvait se révéler une tâche ardue, se soldant souvent par une perte de temps, sans aboutissement positif.
Et oui, c’est que bizarrement, l’exil fait vibrer en vous des cordes sensibles et fait naître, ou renaître, une nostalgie et un amour enfouis, de certains pans et détails du pays, que vous ne soupçonniez pas et qui émergent finalement lors de ces instants de fragilité morale.
Il m’est arrivé, durant ce que j'appellerais ‘ mes années école ‘, d’immigrer en solo, laissant derrière moi amis et famille, et de me sentir par moment au plus bas, terriblement seul et triste.
Oui, ça vous prend quelquefois…
Les souvenirs remontent et vous envahissent alors.
Dans ma chambre d’étudiant, je manipulais alors machinalement, quelquefois pendant des heures et sans trop grande conviction, le tuner de mon radio-réveil et lorsque par hasard je tombais, au gré du climat et du ciel, sur les ondes quelque peu brouillées et crépitantes des chaînes radios de mon pays, je ressentais un profond et indescriptible réconfort, que je n’aurais jamais soupçonné auparavant.
Je m’allongeais alors sur mon lit d’étudiant, fixant les photos de famille collées au dessus de moi, fermais mes yeux larmoyants et, le temps d'un instant, je me sentais… chez moi !
Des moments assez émouvants qu’il faut avoir vécu, pour bien les comprendre et en réaliser l'intensité et la profondeur.
Je me remémorais alors les paroles d' une certaine chanson de feu Dahmane El Harrachi... (1)
L’homme est en fait, dans sa nature, en quête perpétuelle de changements et ne se complait pas d’une situation routinière et stagnante, faite d’horizons figés, dont il finit rapidement par se lasser...
Nous sommes aujourd’hui, à l’ère des NTIC, à un simple clic d’horizons lointains, avec en prime une qualité de son et images pas possible.
Ce sont effectivement deux époques différentes, deux situations pour le moins extrémales.
Les différents réseaux tels skype, facebook, twitter, yahoo et compagnie, vous maintiennent en étroit contact avec des personnes à travers le monde, et à fortiori plus encore avec les amis et parents laissés au pays.
C’est à première vue assez réconfortant et les premières sensations sont que vous ne vous sentez pas totalement déraciné.
On associe à ces réseaux sociaux beaucoup de points positifs, dont l’instantanéité des communications, l’interactivité, la mobilité, la création de communautés, l’organisation d’évènements, la médiatisation de contenus,...
Mais cela n’a-t-il que des conséquences positives sur nos petites âmes sensibles ?
Je recentrerai le sujet en rappelant et en soulignant que nous sommes dans le contexte particulier de l'utilisation de ces outils de communication par des nouveaux immigrants...
Il y a à mon sens , pour cette frange d’utilisateurs, un revers ( assez marqué ) à ces reluisantes créations.
Elles sont chronophages et déstabilisantes…
La quasi-gratuité et l’instantanéité, attrayantes, des appels faisant que le contact est lui aussi quasi-quotidien, il pourrait conséquemment avoir comme contrepartie d’empêcher le nouvel immigrant de se concentrer sur sa nouvelle vie, en vivant, surtout pour les plus vulnérables d’ entre-eux, reclus et attachés à ces symbôles appartenant aujourd’hui à leur passé.
Pour mieux imager la situation, un parallèle serait peut-être à établir avec ces cités estudiantines bâties et concentrés en certaines zones universitaires volontairement délocalisées, où l’étudiant, alors interne, se retrouve dans un milieu concentré sur le travail et les études , ses activités et discussions principales gravitant majoritairement autour des études, le conditionnant ainsi et le poussant à s'y concentrer et s'y investir, sans interférences pouvant l’en distraire. En fait, il se retrouve au sein d’un noyau ayant une vision et un objectif communs, ceux de réussir leur entreprise. Ceci sans se défaire d’activités parascolaires complémentaires, souvent équilibrantes et déstressantes.
Avec facebook ou skype, pour ne citer que ces outils, l’immigrant est aujourd’hui en contact permanent avec ces gens laissés au bout du monde. Des informations importantes aux détails superflus, tout y passe !
Et parfois, ce n'est pas fait que pour détendre...
La gratuité des communications faisant donc, celle-ci laisse une certaine latitude [ dont l'amplitude est plus grande pour nos femmes maghrébines ( je ne généraliserai point ) , beaucoup plus sensibles et attachées à la cellule familiale… ] aux protagonistes pour surfer sur pratiquement tous les détails de la vie quotidienne, même les plus insignifiants...
Seront alors passés en revue, par exemple, les registres des naissances et fiançailles, les maladies et petits bobos, le repas du jour, les prix de divers aliments, …, ainsi que de plus futiles potins tels ceux relatifs au comportement des voisins, les travaux d’urbanisme entrepris dans votre région, le climat et j’en passe…
Ces longues et prenantes discussions finissent cependant quelquefois sur la jante avec le rituel et bilatéral : '' vous nous manquez '' et la cruelle ( pour les plus sensibles ) question , quant à elle forcément à sens unique (...) : « quand viens-tu en vacances ? » , réveillant les démons endormis...
L’émotion s'installant progressivement et finissant par l'emporter, les larmes deviennent, au moment des au revoirs, difficiles à contenir et les pleurs sont alors inévitables.
Ces scénarios se reproduisent , des heures durant, quelquefois chaque jour…
Cette vie virtuelle est assez déstabilisante.
Ce cercle d’amis virtuel se substituant longuement et répétitivement au réel, ils s'y complaisent et l'associent au bout du compte à leur quotidien, ne sentant pas la nécessité ( ne devenant à leurs yeux plus absolue ) de faire l’effort d’aller physiquement vers les autres, de vivre leur présent en en relevant les défis.
Il faudra un certain temps pour se recentrer, l’esprit étant, durant ces troublantes et redondantes séances de ressourcement ( spatiotemporellement décalées... ), passagèrement déconnecté de la réalité de l'immigration.
C'est une sorte d'échappatoire, une fenêtre ouverte sur une vie parallèle, permettant un regard en arrière, alors que l'on s'était promis, pour réussir notre immigration, de ne regarder que droit devant...
(1) : Abderrahmane Amrani ( 1926 - 1980 ), musicien, auteur - compositeur et interprète Algérien de musique chaâbi , plus connu sous le
nom de scène Dahmane el-Harrachi .
Une de ses chansons les plus célèbres Ya Rayah(Le Voyageur) , chantant l'exil, a connu un grand succès en Algérie et en France,
Rachid Taha en ayant fait la reprise. La chanson originale a fait le tour du monde et a été traduite en plusieurs langues tout en gardant la
même mélodie.
Traduction des paroles :
Ya Rayah
Ô toi qui t'en vas, où pars-tu ? Tu finiras par revenir
Combien de gens peu avisés l'ont regretté avant toi et moi
Combien de pays surpleuplés et de régions désertes as-tu vu ?
Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et que laisseras-tu ?
Ô toi l'émigré, tu ne cesses de courir dans le pays des autres
Le destin et le temps suivent leur course mais toi tu l'ignores
[Refrain] [Refrain]
Pourquoi ton coeur est-il si triste ? Pourquoi restes-tu planté là comme un malheureux ?
Les difficultés ne durent pas, et toi tu ne construiras, ni n'apprendras rien de plus, ainsi
Les jours ne durent pas, tout comme ta jeunesse et la mienne
Ô le malheureux dont la chance est passée, comme la mienne
[Refrain] [Refrain]
Ô toi qui voyages, je te donne un conseil à suivre tantôt
Vois ce qui te convient avant de vendre ou d'acheter
Ô toi l'endormi, des nouvelles de toi me sont parvenues, il t'est arrivé ce qui m'est arrivé
Ainsi a voulu et a écrit sur le front le créateur le Très Haut
[Refrain] [Refrain]
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